François Fillon espère relancer sa campagne en recyclant une vieille proposition, déjà faite par Nicolas Sarkozy au début de son mandat en 2007 et jamais mise en oeuvre; celle d’instaurer un quota d’étrangers admis à séjourner en France. Ce quota serait déterminé chaque année par le Parlement et les demandes de visas se verraient refusées une fois celui-ci atteint.

La France délivre chaque année environ 200 000 titres de séjours. Ce chiffre est stable depuis plus de 10 ans. La droite et l’extrême droite entretiennent a dessein l’idée d’une explosion de l’immigration, avec les dérives xénophobes qu’elle peut engendrer, en contradiction totale avec la vérité des chiffres.

Le nombre de réfugiés a certes augmenté ces dernières années mais cette catégorie d’étrangers ne peut pas, par sa nature même, faire l’objet de contingents fixés à l’avance.

Hormis la protection de l’asile, un étranger peut se voir délivrer un visa ou un titre de séjour pour de multiples raisons ; raisons familiales ou professionnelles, visite touristique, suivi d’études dans un établissement français, état de santé nécessitant des soins en France…

Les titres de séjours pour raison familiale représentent la moitié des 200 000 nouveaux titres délivrés chaque année. Ils concernent les conjoints de français ou parents d’enfants français. Il serait contraire à la Constitution et aux conventions internationales de limiter les titres de séjour délivrés pour des raisons familiales. François Fillon annonce donc vouloir changer la Constitution sur ce point. Je reste incrédule devant une mesure qui conduirait concrètement à fixer le nombre d’enfants conçus par des couples franco-étranger et à limiter le nombre de leurs mariages ; « La mère de votre enfant est étrangère ? Dommage, elle ne pourra pas rester auprès de votre enfant, le quota est dépassé depuis le 1er avril et pour votre mariage, le contingent a été atteint depuis le 20 aout. Revenez nous voir l’année prochaine ».

Concrètement les quotas seraient envisageables uniquement pour l’immigration étudiante ou professionnelle. Ils concerneraient un très faible nombre d’étrangers. On dénombre en effet 19 000 titres de séjours pour raison économique (9%) et 65000 délivrés pour les étudiants (30% des titres délivrés) dont la très grande majorité ne reste pas vivre en France.

Au delà de ces arguments, fixer des quotas décuplerait les vocations migratoires. Imaginons le parlement annonçant chaque année que la France accueillera 100 000 étrangers sur son sol. Chacun dans le monde s’estimerait possiblement intéressé. Les États-Unis appliquent cette politique de quota par pays et par titre depuis de nombreuses années. Selon les estimations du Département de la sécurité intérieure des États-Unis, il y aurait 11,4 millions d’immigrés illégaux répartis à travers le pays. Un chiffre en hausse de 227% entre 1990 et 2012.

François Fillon promet par ailleurs la rétention administrative des demandeurs d’asile. Je ne veux même pas entrer dans le débat sur l’inhumanité d’une proposition qui consisterait à enfermer 6 mois les réfugiés fuyant la guerre et la barbarie. Je note néanmoins que cette promesse obligerait l’État à créer entre 200 et 300 nouveaux centres de rétention et 42000 postes de fonctionnaires !

Après avoir proposé l’improbable en matière de sécurité sociale, François Fillon propose l’inutile et l’impossible en matière d’immigration.