Plusieurs événements sont venus nous  heurter et nous interroger sur le cadre qui s’impose à nos jeunes et nos professeurs à l’intérieur des établissements. Dans un lycée de Créteil, un élève menace une professeure avec un faux pistolet. Victime d’homophobie, Hugo a dû quitter l’établissement privé catholique dans lequel il était scolarisé au Raincy. A l’occasion de la journée de lutte contre le harcèlement scolaire cette semaine, de nombreux autres témoignages se sont rappelés à nous dans les médias. Une réaction s’impose et je veux dire mon admiration pour les équipes enseignantes et personnels de nos établissements qui travaillent sans relâche pour un enseignement solide et apaisé.

Pour tenter de répondre à cette actualité les initiatives se multiplient, la plupart du temps discrètes, parfois baroques… Comme à Stains en Seine-saint-Denis où un ancien chef d’escadron de la gendarmerie vient d’être nommé proviseur adjoint. A Provins, le maire a sorti le bon vieil uniforme…L’idée de l’uniforme imposé aux élèves comme solution à tout est absurde. Il y aura toujours des élus (la plupart du temps de droite) pour regretter « l’école d’avant », qu’ils n’ont souvent pas connue eux-mêmes, oubliant au passage son caractère particulièrement inégalitaire.

Tous ces événements nous interrogent sur ce que nous attendons de l’école à l’intérieur de ses murs. Beaucoup considèrent, comme le Ministre de l’éducation, que l’école est un territoire sacralisé;  « d’abord un lieu d’enseignement ». C’est une conception solidement ancrée dans notre culture. L’école, le collège et le Lycée sont d’abord des lieux fermés. Pour des raisons de sécurité bien-sûr ce qui est légitime, mais pas seulement.  Nous y interdisons le portable et les interventions des entreprises privées. Les personnes extérieures qui pourraient être invitées à témoigner au sein de l’école doivent depuis peu faire état de leurs diplômes et obtenir une autorisation de l’académie, on peut multiplier les exemples… Pour les mêmes raisons on s’offusque à l’idée de laisser les gendarmes pénétrer à l’intérieur de nos établissements. Au nom de cette conception de l’éducation, la plupart des actes de violence qui s’y déroulent (souvent qualifiés « d’incidents ») sont donc gérés et sanctionnés en interne.

Si l’école est un lieu d’enseignement, il n’en demeure pas moins que la réalité extérieure doit y prendre toute sa place. Les murs de nos écoles, que notre culture nationale rend particulièrement infranchissables, ne doivent pas être des remparts contre le respect des règles et des usages qui régissent notre vie en société. Si des violences ont lieu à l’intérieur d’un établissement, elles doivent être sanctionnées au nom du règlement intérieur par le conseil de discipline et au nom de la loi par un Juge. L’école doit être un lieu protégé des influences extérieures. La neutralité de l’enseignement et le partage du savoir doivent demeurer inviolables. Mais les élèves ne doivent pas être enfermés dans une bulle. L’école ne doit pas être un espace inaccessible et fermé, bien au contraire.

Ce n’est pas le rôle d’un gendarme que celui de revêtir les habits d’un proviseur. On ne dirige pas un Lycée comme on le fait d’un escadron. Mais les gendarmes et le respect de la loi doivent pouvoir entrer dans nos établissements, sans que cela provoque des réactions outragées. Cela pourrait être même utile pour casser cette méfiance réciproque entre la jeunesse et la police.

Les établissements scolaires doivent donc devenir des établissements plus ouverts sur la société. Leurs murs doivent continuer à protéger nos enfants mais ils ne doivent pas conduire à penser l’école comme un monde à part, au risque parfois d’étouffer les violences qui s’y déroulent. La loi, comme la société doivent pouvoir y imposer leurs règles autant que le règlement intérieur. C’est aussi cela l’éducation.