En grande difficulté dans les sondages suite aux nombreuses affaires dans lequel leur candidat à la présidentielle est empêtré, Les Républicains, notamment par l’intermédiaire du président de la région Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, n’hésitent plus à draguer les électeurs du FN quitte, au passage, à porter atteinte à l’Etat de droit…

En effet, M. Wauquiez a décidé d’imposer à son tour une clause « Molière » sur les chantiers rhônalpins. Cette clause rend obligatoire l’utilisation de la langue française sur les chantiers publics. Officiellement, le but est de combattre l’emploi de travailleurs détachés ainsi que de garantir la sécurité sur ces chantiers. Mais officieusement, c’est un dessein beaucoup plus sombre qui apparaît, relevant bien plus de la posture électoraliste et de la dérive populiste.

Premièrement, concernant l’argument de la sécurité, la loi « travail » oblige d’ores et déjà aux employeurs d’afficher les consignes de sécurité sur les chantiers dans une langue intelligible par tous. Il s’agit donc clairement d’un faux argument.

Deuxièmement, l’embauche de travailleurs détachés est une pratique encadrée par une directive européenne et la loi française. En France, on estime que les travailleurs détachés représentent 286 000 personnes. Dans le même temps, la France est le 3ème pays d’origine en Europe de ces travailleurs, ce sont 200 000 de nos compatriotes et leurs entreprises qui seraient dans l’incapacité d’effectuer leur travail si on leur imposait une telle mesure. Ces chiffres achèvent de révéler l’imposture de cette clause « Tartuffe ».

Troisièmement, on voit clairement la portée discriminatoire d’une telle mesure qui serait infailliblement condamnée par n’importe quel tribunal, à l’image des décrets pris outre-Atlantique par Donald Trump. Discriminer par l’usage de la langue revient à discriminer par le pays d’origine soit une remise en cause de la libre circulation au sein de l’Union européenne.

Quatrièmement, pour contrer l’aspect inapplicable de sa clause, M. Wauquiez veut mettre en place une « brigade de la langue française » composée de cinq agents de la région à temps plein chargés de vérifier les cartes professionnelles du BTP et la bonne pratique du français sur les chantiers. Dans le même temps, les subventions aux associations culturelles de la région ont été divisées par deux. L’orientation politique qui se dessine est claire : repli identitaire et préférence nationale. Deux thématiques chères à… Marine Le Pen ou Donald Trump, au choix.

Cette polémique illustre une fois de plus la dérive populiste dans laquelle sombre la droite extrême élancée dans une course folle après l’électorat frontiste. Selon le quotidien suisse Le Temps, François Fillon envisagerait d’ailleurs de reprendre cette clause « Molière » dans son programme afin d’ancrer sa position pour la préférence nationale. Ce week-end, le candidat LR dénonçait d’ailleurs le « racisme anti-français ». La porosité s’installe entre les projets de la droite et de l’extrême droite. Notre vigilance doit être totale dans les semaines qui nous séparent du premier tour de la présidentielle, afin d’éviter que l’un ou l’autre ne puisse avoir l’occasion de les mettre en application.